Mama était très fière de sa cuisine. C’était une bâtisse en briques d’adobe, construite dans la cour derrière la maison principale. Elle était faite de deux pièces : la cuisine elle-même et un petit magasin adjacent où l’on entreposait des sacs de nourriture, des casseroles, des calebasses, ainsi que les pneus usés de la camionnette de Papa. Les deux pièces étaient de dimensions identiques, environ 5 m², et chacune avait une fenêtre minuscule munie de volets en bois, laissant à peine passer la lumière, même en pleine journée. Ce que les voisins trouvaient étonnant, c’est que sur toute la colline, c’était la seule cuisine sans souris. Pourtant, leurs cuisines étaient construites de la même manière, avec un four en briques alimenté au bois et des étagères croulant sous le poids des ustensiles de cuisine. Mama s’en vantait souvent, sans trop se demander pourquoi.
Ce jour-là, comme chaque fin d’après-midi, elle est entrée dans le magasin par l’ouverture sans porte qui le reliait à la cuisine. Elle voulait prendre une mesure de riz pour préparer le repas du soir. Dans la semi-pénombre, entre les sacs entassés et les vieux objets rangés contre le mur, elle a remarqué qu’un des pneus gênait son passage vers le sac de riz. Agacée, elle a essayé de l’écarter de la main.
Soudain, le pneu s’est déroulé. Un grand serpent à la robe noire, dont les écailles scintillaient faiblement, s’est dressé devant elle, sa tête effleurant presque la charpente. Mama s’est enfuie en hurlant.

